Cartographier l’Asie Mineure

L’orientalisme allemand à l’épreuve du terrain, 1835-1895 - 2016

Edward Said voyait dans l'orientalisme allemand un seul fantasme de cabinet: à rebours de cette conception, cet ouvrage montre qu'il se nourrit aussi d'expériences de terrain. Comment? Il redessine la toile des producteurs - concepteurs, réalisateurs, traducteurs, commanditaires - des cartes de l'Asie mineure publiées à Berlin au XIXe siècle. Apparaît alors une géographie savante transnationale: de Péra à la Wilhelmstrasse, de Trébizonde à Leipzig, de Smyrne à Paris, Londres, Saint-Pétersbourg ou Vienne. Les producteurs autochtones et étrangers d'un savoir sur l'Empire ottoman circulent, se rencontrent et correspondent. La cartographie est au centre de l'attention des orientalistes savants, des hommes d'affaires et des militaires. C'est un sésamepour la philologie, l'archéologie, l'art de la guerre et le commerce. Entre 1835 et 1895, période que jalonnent les deux principales missions militaires envoyées par Berlin dans l'Empire ottoman, les intérêts stratégiques et académiques s'imbriquent et évoluent conjointement avec les projets militaires et civils ottomans. Rouage d'une histoire transimpériale, la cartographie de l'Asie mineure ne fut pas un simple vecteur d'un impérialisme allemand mais bien un outil au service de deux empires.

 

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