Artisanat minier : pouvoir et territorialisation dans le Sud Global

EchoGéo, n°71, 2025

Géographie

Le présent dossier propose d'interroger l’artisanat minier, phénomène protéiforme, à travers le prisme de la géographie du pouvoir. En se développant à la fois en marge mais aussi de façon enchevêtrée au capitalisme globalisé, l’artisanat minier devient un espace significatif de production politique et de socialisation pour nombre d'individus et de territoires (Velut, 2021 ; Le Tourneau, 2020 ; Cerceau et Laurent, 2023). Nous l’abordons comme la rencontre de logiques et de pratiques de groupes, d’acteurs et d’actrices divers, privés (urbains ou ruraux, autochtones ou migrants, hommes et femmes, détenteurs de capital et exclus, de tous âges) ou publics, autour de la production de minerai de manière dite artisanale, même si nous allons voir que ce terme recouvre une très grande diversité de formes sociales et techniques. Des relations de pouvoir configurent ces rencontres, et leur maillage se « cristallise » (Geenen et Verbrugge, 2020) au travers de dynamiques de contrôle de l’espace et de territorialisation (Côte et Korf, 2018 ; Grajales et Vadot, 2020). Les termes même « d’artisan minier » ou de « mine à petite échelle » expriment des relations de pouvoir : ils s’énoncent en opposition à la mine industrielle à grande échelle, implicitement dépositaire de la modernité extractive, exploitée par des compagnies transnationales qui sont des acteurs politiques bien plus puissants que ceux du monde artisanal, mais pas forcément plus légitimes pour les populations (Capitant, 2017 ; Côte, 2023). Par ailleurs, selon les régions du globe, les acteurs et actrices de la mine artisanale ne sont pas organisés de façon à faire porter collectivement leur voix, contrairement aux puissantes instances de représentation des acteurs industriels.

Ainsi, les liens qu’entretient l’État avec l’artisanat minier demeurent sous-étudiés et méritent plus d’attention. Il s'agit de mieux comprendre ce que produisent les actions de l’État, à travers la criminalisation des artisans mineurs, la perception de rentes informelles par les politiciens et autres agents de l’État (par exemple Nkomo et Nkomo, 2023), ou encore les frictions territoriales engendrées par la concurrence entre concessions industrielles et sites artisanaux (Geenen 2014 ; Werthmann et Ayeh, 2021 ; Kaufmann et Côte, 2021). De même que pour les activités extractives industrielles (Magrin et Perrier-Bruslé, 2011), l’artisanat minier se construit selon des logiques politiques et territoriales à travers des asymétries de pouvoir entre groupes d’acteurs inégaux mobilisés autour de la production de minerai. Ces relations de pouvoir sont territorialisées, dans plusieurs sens : contrôler l’espace donne du pouvoir sur la mine, quand l’existence même de la mine crée du territoire (qui correspond notamment à l’espace des régulations minières), et donc du contrôle territorial. Alors que les travaux scientifiques sont souvent compartimentés selon les régions étudiées (Amérique Latine, Afrique par exemple), et/ou autour de minerais spécifiques (or, cuivre par exemple), ce dossier tente de croiser les regards pour rendre compte des différences et similitudes dans les transformations profondes qui s’opèrent à partir de l’expansion de cette activité un peu partout dans le monde (Dessertine et al., 2022 pour l’Afrique de l’Ouest et sahélienne ; Lahiri-Dutt, 2018) et autour de différents minerais.